Savoir utiliser une carte marine
Pour qui navigue, la carte marine est le premier des instruments. Elle rassemble tout ce que la mer ne montre pas : la profondeur, la nature des fonds, les dangers, les balises et les repères de la côte.
Ce qu'elle contient
Une carte marine indique les éléments nécessaires à la navigation dans une zone donnée : les sondes — les profondeurs —, la nature des fonds, les épaves, les récifs et les hauts-fonds, les phares et leurs caractéristiques, les bouées et l'ensemble de la signalisation maritime.
Elle porte aussi les amers, ces repères terrestres visibles de la mer qui permettent de se situer sans instrument, et les zones réglementées : chenaux, mouillages interdits, zones de tir, cantonnements de pêche.
Les types de cartes
La carte côtière est la plus employée, notamment par les plaisanciers : son échelle permet de lire le détail du littoral et des accès aux ports.
La carte hauturière, à petite échelle, sert à la navigation en haute mer et à la préparation des traversées.
Les cartes de détail et les plans de port descendent à l'échelle du bassin.
Et la carte d'examen, dite carte 9999, sert à la préparation du permis bateau : c'est une carte fictive conçue pour l'apprentissage.
Il est préférable de s'équiper de cartes officielles publiées par le service hydrographique de l'État — en France, le SHOM — ou d'éditions agréées par lui : elles seules garantissent la mise à jour et l'exactitude des levés.
La carte électronique
Désormais disponible sous format électronique, la carte se synchronise avec les instruments de navigation — GPS, sondeur, pilote automatique — et affiche la position du bateau en temps réel.
Deux formats coexistent. Les cartes matricielles sont des images scannées de la carte papier : fidèles, mais sans intelligence. Les cartes vectorielles sont des bases de données affichables à toutes les échelles, avec des objets interrogeables — cliquer sur une bouée donne ses caractéristiques.
Trois précautions accompagnent leur usage. Le zoom excessif donne une impression de précision que le levé d'origine ne garantit pas. La mise à jour n'est pas automatique et se vérifie. Et un appareil électronique dépend d'une alimentation : une panne, un écran cassé ou une batterie vide laisse sans carte.
C'est pourquoi la carte papier reste embarquée, quelle que soit la qualité de l'électronique.
Lire une carte
Quelques conventions se retiennent vite et rendent la carte immédiatement lisible.
Les sondes sont exprimées en mètres et rapportées au zéro des cartes, qui correspond au niveau des plus basses mers théoriques. La hauteur d'eau réelle est donc la sonde plus la hauteur de marée du moment — jamais l'inverse.
Les altitudes des phares et les hauteurs libres sous les ponts sont, elles, rapportées au niveau des plus hautes mers.
Les lignes de sonde, ou isobathes, joignent les points de même profondeur : leur resserrement signale un tombant.
La nature des fonds est notée par abréviation — S pour sable, V pour vase, R pour roche — information décisive pour choisir un mouillage.
Les caractéristiques d'un feu se lisent d'un bloc : couleur, rythme, période, portée et hauteur. « Fl(2)R.10s12m8M » désigne un feu à deux éclats rouges toutes les dix secondes, à douze mètres de hauteur, visible à huit milles.
Tracer une route
La méthode classique reste utile même avec un traceur.
On reporte la route à suivre, on relève le cap, on applique la déclinaison magnétique — indiquée sur la rose de la carte avec sa variation annuelle — puis la déviation propre au compas du bateau.
On tient compte de la dérive due au vent et du courant, dont la direction et la vitesse figurent dans l'annuaire des marées et sur les cartes de courants.
Et l'on vérifie la hauteur d'eau aux passages critiques à l'heure prévue : un seuil franchissable à marée haute ne l'est pas trois heures plus tard.
Ce qu'il faut emporter
La réglementation française impose, selon la distance d'éloignement d'un abri, un matériel de sécurité déterminé. Au-delà de deux milles, les documents nautiques requis pour la navigation envisagée deviennent obligatoires : cartes de la zone, annuaire des marées, et le règlement pour prévenir les abordages.
Les mises à jour sont diffusées par les groupes d'avis aux navigateurs, et les avis urgents par radio. Naviguer avec une carte non corrigée est juridiquement et pratiquement une faute.

